Ce matin ça m’est de nouveau arrivé. Quand le réveil a sonné, je n’y songeais même pas à dire vrai. Comme d’habitude j’ai traîné mon caleçon jusque dans la cuisine où je prépare un café, ni trop fort ni trop chaussette, juste ce qu’il faut pour bien entamer cette longue journée de labeur qu’est le vendredi. Tous les gens qui travaillent vous le diront, le vendredi c’est le jour le plus long de la semaine. De la cuisine, mon caleçon a échoué dans le panier de linge sale tandis que le reste de mon anatomie se glissait sous une douche salvatrice. Et c’est là, quand l’eau a commencé à me réchauffer un à un tous les pores de la peau que cela m’a saisi. J’ai rapidement mis fin à ce moment de pur bonheur et me suis faufilé dans la chambre afin de pêcher au fond d’un tiroir un caleçon plus propre que le précédent, et deux charmants sacs à petons pour tenir confortablement dans mes groles. Mon complice est là, dans le tiroir… Il me nargue du coin de sa lentille circulaire. Plus tard mon beau…plus tard…Jean, chemise propre, pull moyennement crasseux mais ça ira, veste en cuir, chapeau, sacoche… Un doux baiser plus tard et me voilà sur le pas de la porte qui claque dans mon dos. Ce n’est que dans l’ascenseur que je réalise que mon complice est resté au chaud dans le tiroir. Il va me faire la gueule, mais tant pis je suis déjà trop en retard.
Une matinée et quelques trajets en métro plus tard et me revoilà dans mes pénates. Cette fois je ne l’oublierai pas. Munis du précieux cordon ombilical, je vidange la mémoire de mon partenaire tout en avalant sur le pouce un encas léger. Fin prêt, et cette fois ci accompagné, je quitte l’appartement non sans avoir donné un petit tour de clef derrière moi. Et c’est parti, cage d’escalier, ascenseur, cours de l’immeuble, allée, rue, pieds, façade, quai, rame, porte, plafond, sol, reflet, pigeon, horodateur, poubelles, journaux, détails, tout y passe. Tout se fige, tout se fixe, pixel après pixel, octets après octets, je fais le plein de moments brefs et sans intérêts si ce n’est que mis bout à bout ils me donnent une idée, laisse une trace de mon trajet, de mon après-midi. Mon compagnon fidèle à bout de bras, un doigt sur le déclencheur, sans cadrage, sans réflexion, sans se soucier de rien je shoote à l’envie.
Si d’aventure vous vous interrogez sur cet énergumène qui l’air de rien a son numérique dans la main, ne réagissez pas, soyez juste indulgent. Je ne vous vole rien qu’un tout petit moment. Qu’une image sans nom, qu’un détail sans prétention qui n’influera sur rien, qui ne changera rien. Je vous le concède, je vous l’avoue, je me livre ici sans plus de tabous : je suis un peu voleur.
P.S : le résultat des vols se trouve dans la galerie "Trajets"
Et cette solution à un nom, un seul tout petit nom unique pour retrouver le plaisir de ne plus entendre le monde, et surtout ce que le monde compte de pouf.. Koss, le seul,
l’unique, l’incroyable inventeur du casque boule Quiès. Me rendant chez mon revendeur de galettes musicales préférées, je tombe sur le rayon écouteurs, m’approche et tombe littéralement en arrêt
devant la bête. Ils sont beaux, ils sont pas chers et en plus ils sont garantis à vie… Et bien croyez moi si vous voulez, mais depuis l’acquisition de ces merveilles, j’ai accompli un exploit..
Je continue à sourire quand j’aperçois au loin dans la foule compactée façon sardine à l’huile, un téléphone brandi à bout de bras distillant sa soupe nauséabonde sur ses enceintes péraves…
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