Chapitre 2 :
« A méchoui, méchoui et demi, puisque je vous le dis … »
Petit rappel chronologique : Après ses déboires avec un yack un peu collant, Fluff s’endort paisiblement, roulé dans la peau de l’animal qui se révèle fort chaude. Et surtout, il est enfin
débarrassé du parfum nauséabond qui l’accompagnait depuis la veille. Un peu plus loin, les rares reliefs de son repas du soir grésillent doucement sur la braise, emplissant l’air du parfum de la
viande grillée. Une chose est sure, c’est que cette nuit, notre héros dort le ventre plein, d’un sommeil sans rêves de la profondeur d’un gouffre abyssale. Pour tout vous dire, même un défilé du 14
juillet, ce qu’on peut juger plus qu’improbable au milieu des steppes mongoles je vous l’accorde, n’aurait pas le moindre effet sur le sommeil de notre ami. Ce qui vous allez bientôt le constater,
va lui jouer des tours …..
La douce brise nocturne chatouille les moustaches de notre dormeur insouciant. Si l’on sait déjà que « Qui dort dîne » on est aujourd’hui à même d’affirmer que « qui dîne, dort encore mieux ».
Cependant, pendant son sommeil, quelques évènements étranges se déroulent à quelques pas de lui. Une à une des paires d’yeux rougeoyantes, situées environ à 30 centimètres du sol pour la plus
haute, s’allument dans l’obscurité. Des silhouettes indistinctes se faufilent entres les hautes herbes de la steppe, convergeant vers un Fluff toujours assoupi. Nuls ne sauraient dire qu’elles sont
les intentions de ces formes étranges, mais les efforts déployés par elles pour ne pas faire le moindre bruit ne laisse présager rien de bon. Arrivé auprès du dormeur, c’est à une vitesse sidérante
que les choses se déroulent. En un tour de main, et l’on sait bien que jeux de mains, jeux de vilains, 4 formes soulèvent Fluff tandis qu’une cinquième semble se glisser sous lui et repasser
par-dessus à la vitesse de la lumière. En moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, le Lapin-girafe se trouve ligoté et bâillonné. Ce qui ne semble pour le moment pas le perturber. Et oui je
vous l’ai dit; notre ami à un sommeil de plomb et la rapidité de l’immobilisation et son extrême délicatesse, en dépit de la vitesse d’exécution, ne l’a absolument pas réveillé. Unes à unes, les
silhouettes se reculent et se placent à quelques mètres de là avant de se figer dans une parfaite immobilité. Que le diable m’emporte si je comprends les motivations profondes d’une telle attitude.
Pourquoi prendre le risque de réveiller un Lapin-girafe en le ligotant et se reculer et attendre juste après. Quelles motivations mystérieuses et secrètes animent l’esprit des ces petites créatures
étranges. Patientons quelques peu, la lumière du jour jettera probablement un éclairage nouveau sur cette scène. Bah oui, facile celle là, le soleil ça éclaire quand ça se lève….
Une vingtaine de minutes après que ne ce soit déroulé la scène qui nous préoccupe ici, les premiers rayons du soleil viennent réchauffer le pelage de notre endormi. Un frémissement de moustache, un
spasme d’oreille incontrôlable, tels sont les signes avant coureur du réveil annoncé. Si l’on s’approchait suffisamment près pour soulever une paupière, on apercevrai l’œil tourner sur lui-même et
peu à peu la rétine apparaître. Toutefois pour cela il ne faut pas avoir peur du coup de dent ravageur du Lapin-Girafe au réveil… Ce même s’il est présentement ficelé comme une rosette de Lyon. Ah,
l’instant T se rapproche, la paupière frémit, se soulève peu à peu mais quelque chose semble perturber le réveil. Ouvrant d’un coup les deux yeux, Fluff jette des regards surpris de tout côtés. Il
vient de se rendre compte de son incapacité total à se mouvoir. Mais bon dieu, il n’a pourtant pas bu une goutte d’alcool la veille…
Je me trouve ici dans l’obligation d’ouvrir une parenthèse explicative. Si les Lapins-Girafes ne rechignent pas à se faire péter le carafon à base de boisson alcoolisé, leur métabolisme réagit
parfois de manière incontrôlable, les plongeant pour de longues heures dans une forme de paralysie proche de celle qu’on éprouve lorsque que l’on se fait piquer par un Androctonus Australis. (Et
oui il m’arrive parfois de sortir aussi des noms savants pour éclairer vos méninges sur les pentes escarpés de mon cervelet en ébullition.) Alors pour ceux qui se posent la question, il s’agit
simplement d’un scorpion. Espèce très rare en Mongolie je vous l’accorde, mais dont les Lapins-Girafes Algérien se méfient comme de la peste. Parenthèse informative close.
Redressant enfin la tête, notre héros prend alors la pleine mesure de sa situation, situation que par ailleurs aucun adjectif ne saurait décrire ni dans son atrocité, ni même dans le caractère
improbable de son origine.
« Salut à toi, noble prisonnier. Tu as été capturé par les représentants de la race des fières Nains de Jardins guerriers de Mongolie. Ne te débats pas et dis nous ton nom étranger, car nous
n’aimons pas égorgé des inconnus. »
La voix qui prononce ses paroles semble venir d’un peu plus loin que ses pieds, toutefois dans sa position inconfortable, il est totalement impossible à Fluff d’apercevoir seulement l’individu qui
l’invective de la sorte.
« Refgnenne ni ….. »
« Ploum, espèce d’abrutis, je t’ai déjà dit cent fois de ne pas bâillonner les prisonniers avant que je les interroge….. »
Une silhouette indistincte apparaît brièvement sur la gauche de Fluff et l’instant d’après son bâillon lui est enlevé.
« Réponds nous étranger, qui es tu et que fais tu sur nos terres ancestrales et sacrées, mangeant la viande de notre plus beau yack après l’avoir sauvagement découpé ? »
« Sache tout d’abord, voix inconnue, que tu parles ici au dernier représentant de la non moins légendaire race des Lapins-Girafes. Et que si tu ne me détaches pas dans les 5 secondes qui suivent,
toi et tes amis allez prendre le même chemin que ce yack qui vous appartient soi disant. »
Un murmure indigné s’éleva suite à cette déclaration péremptoire et impérieuse.
« Il me semble que tu ne sois pas dans une position te permettant ce genre de déclaration étranger. Ne sais tu donc pas prendre conscience de la défaite quand tu te trouves ligoté de la sorte…
»
« Admettre la défaite devant une bande de lâches sans foi ni coronès qui attaquent un voyageur dans son sommeil, c’est là mal connaître ma race ….. Et si je peux me permettre d’ajouter à cela, un
petit, tête de con pas piquée des hannetons, je ne vois pas pourquoi me priver. »
Une bourrade dans les côtes, asséné avec colère vint couper le souffle de Fluff, qui roula sur lui-même se trouvant ainsi dans une situation tout aussi inconfortable que tout à l’heure, à cela de
différent que l’herbe venait désormais lui chatouiller les narines de manières forts dérangeantes. Tournant le regard sur sa droite, il pu toutefois apercevoir ses assaillants pour la première
fois. Une dizaine d’être de toute petite taille, pour le plus haut 30 centimètres, tous vêtus de manières fort curieuses se tenaient à distance respectueuse. Seul l’un d’eux ; probable auteur du
coup de pied vengeur, se tenait à moins de 20 centimètres de Fluff. Mais toutefois toujours à distance suffisante pour échapper à un coup de dent revanchard. Ce dernier arborait une cape de
fourrure rouge et un bonnet de la même teinte, qui lui conféraient, tant que faire ce peu, une certaine stature. Un long soupir s’échappa de la gorge de notre ami quand il pris conscience de la
nature de ses assaillants. Il venait de tomber dans le piège machiavélique d’une bande de nains de jardins mythomanes. Il serait trop long de vous expliquer en détail les origines de cette « race »
un peu à part, sachez simplement que quelques années plus tôt, égayer son jardin avec une statue en terre cuite de nain de jardin était particulièrement à la mode en Mongolie centrale, jusqu’au
jour ou un mage puissant et particulièrement crétin décida de les animer et dans le même temps de les doter d’un goût certains et irrépressibles pour la mythomanie. Depuis, ils font des blagues aux
voyageurs qui par malheur croisent leurs routes. Vous voilà désormais prévenu, toutefois afin de mieux les identifier, imaginer une bande de nains de 30 centimètres en moyenne, et très bizarrement,
habillé comme les Village people…. Ah oui, les goûts vestimentaires des mages ont toujours soulevé la polémique dans nos contrées.
Les nains se rassemblent pour tenir conciliabule quand au sort à réserver à notre malheureux. Fluff du coin de l’œil les observe jaugeant chacun et tentant de discerner son trait de caractère
propre. En effet, chaque nain de jardins mythomanes se distingue des autres par sa tenue, mais également par un détail caractériel qui peut parfois s’avérer utile. Ici, ils sont une dizaine, le
meneur, le seul à avoir pris la parole pour le moment, porte un étrange costume de Père Noël. Où plutôt une cape rouge ornée de vison sur les coutures et un bonnet de même facture, seul la paire de
bottes de cow-boy indique à Fluff quel Village People a inspiré son costume d’origine. En effet, la vie des steppes et ses aléas amènent parfois ces personnages à se vêtir en volant des vêtements
de poupée et d’enfants, il est même arrivé que certains n’hésitent pas à voler les coiffes des femmes huns pour s’en vêtir. Donc si d’aventure vous croisez une toque en fourrure qui marche, fuyez
vite c’en est un…
Accompagnant, celui que nous nommerons donc Santa, deux indiens nains, un motard de la police dont le casque a été remplacé par ce qui semble être un préservatif, à moins que ça ne soit qu’un
bonnet de bain…. (Comprenez que je ne souhaite pas m’approcher pour vérifier hein … pour peu que la capote soit usagée….), un marin dont le bonnet semble avoir pas mal vécu, un autre cow-boy dont
le costume pour celui-ci est en bon état, et chose rare, 4 archétypes du gay moustachu, pantalon en cuir, gilet sur un torse nu et casquette.
Fluff se dit là qu’il tient peut être une porte de sortie, en effet, les macho-nains comme on les appelle ont une tendance à l’agressivité et sont très souvent sensible. Un début de plan commence à
se construire dans le cerveau de Fluff. L’un des macho-nains, un peu en retrait par rapport au groupe est à portée de voix. Discrètement notre héros interpelle l’intéressé.
« Pssst, dis moi, beau macho, viens donc voir par là que je te confie une chose ! »
L’interpellé, surpris se retourne et se pointant du doigt dis « qui moi ? »
« Mais oui toi, c’est à toi que je parle. »
S’approchant de quelques pas, le nain intrigué demande : « Qu’est ce que tu me veux étranger ? »
« Euh dis moi as-tu remarqué que votre chef se fout de vous 4 depuis tout à l’heure ? »
« Pardon, ah non, mais pourquoi tu dis ça ? »
« Je l’ai entendu dire au motard que vous étiez que des fiottes, c’est pour ça … »
« Quoi, cet espèce de crétin dégénéré ose se moquer de nous alors qu’il passe sa journée à turlupiner avec l’indien ? »
« Oh il a même ajouté qu’à la longue, vous pourriez aussi bien faire ça avec des bûches. Mais je ne t’ai rien dit ! »
« Ah c’est comme ça, et bien il va voir lui tiens …. »
S’approchant de son chef, sans même lui dire un mot, il lui assène un coup de bâton sur la tête. Santa s’effondre lamentablement entraînant dans sa chute l’indien et le motard. Coincés sous le
corps de leur chef, les deux intéressés ne comprennent absolument pas ce qui leur arrive. D’autant moins quand les 3 autres macho-nains se jettent littéralement sur eux, pour leur faire subir un
sort que la morale ne m’autorise pas à vous dévoiler ici. Dans le tumulte qui s’ensuit, nul ne remarque Fluff, se tortillant, s’approche d’une touffe de hautes herbes particulièrement coupantes.
Quelques va et vient et le lien qui l’emprisonnait tombe sur le sol, se saisissant de sa couverture il la jette sur le tas de nains en pleine bagarre. Je vous avais prévenu, les macho-nains sont
susceptibles et colériques, alors quand une bagarre commence, pas de quartiers, on tape sur tout ce qui bouge, amis ou ennemis. Promptement Fluff replie la couverture, fait un nœud digne du
meilleur marin borgne du monde (Pourquoi borgne ? Euh je ne sais pas je demanderai à mon cerveau, demain.) Et avant d’avoir compris la situation, les 10 nains se retrouvent proprement emballé.
Saisissant un bâton à portée de main, Fluff s’applique alors à aplatir la couverture de toutes ses forces de Lapin-Girafe en colère. Et ça si vous suivez les aventures de Fluff, vous-même savez
qu’il vaut mieux affronter la colère des dieux plutôt que celle d’un Fluff. Quand plus le moindre soubresaut n’agitent la couverture, il défait prestement le nœud et ouvre le sac devenu mortuaire.
Les body bag en couverture de yack sont monnaies courantes ici au cas où vous ne le sauriez pas. Je préfère vous épargnez les détails funèbres du contenu, sachez juste que pendant l’assaut les
macho-nains ont tout de même pu faire subir le pire des sorts à leur congénères, et le contenu ressemble quelque peu à un mille-feuille sanguinolent. Débarrassé de ses assaillants, accessoirement
de sa couverture devenue inutilisable, Fluff reprend sa route vers de nouvelles aventures se félicitant tout de même du retournement de situation. Jubilant en chemin, il se met soudain à rire.
« Ah Ah, on m’emprisonne pour un méchoui et on finit en milles feuilles, et bien à méchoui, méchoui et demi. » Et là, bah c’est Fluff qui le dit ……
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